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Affichage des articles du mars, 2014

Le bandit de grand chemin

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Toujours sur Benjamin, je découvre sa conception des fragments et de la citation et je suis subjuguée :

voilà exactement ce qu'il me semble possible de faire avec ces petits morceaux de pensées d'autrui que je vous livre depuis des mois :

Une citation doit être comme le bandit de grand chemin qui détourne le lecteur de ses convictions.

Comme une seule expérience fait éclater les représentations plus sûrement  sûrement qu'un long discours, une citation exige  "la bourse ou la vie" plus sûrement qu'une longue réécriture de la pensée d'autrui...

Et Benjamin propose de les intégrer sans faire de chichis dans ses propres textes. La citation, le fragment brillant d'un autre auteur peut être avalé, digéré et recraché dans un texte plus vaste qui contienne à la fois la pépite et la gangue de pensée du nouvel auteur. Cela est tellement moins égocentrique et hypocrite de citer que de faire croire qu'on a réinventer le fil à couper le beurre !
au moins peut-o…

Ce sacrifice de notre moi le plus profond

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Ce matin, je lis des passages de Chronique berlinoise, de Walter Benjamin et je suis émerveillée...
-« C’est un mot, un battement ou un bruissement auquel est conférée la puissance magique de nous paralyser d’un seul coup par un sort dans le froid caveau du passé dont la voûte semble répercuter le présent seulement comme un écho. Mais a-t-on cherché à en savoir plus sur le pendant de ce rapt, sur le choc qui se produit lorsque nous tombons sur un geste ou un mot, comme on découvre tout à coup chez soi un gant ou un réticule oubliés. Et de même qu’ils nous permettent de conclure qu’une étrangère était là, il y a des paroles ou des gestes qui nous permettent de conclure que cet étranger invisible, l’avenir, les a oubliés chez nous. » -Walter Benjamin, Chronique berlinoise, in , Christian Bourgois, page 328- Cf. « Annonce d’une mort », page 53 –par exemple…


-« La langue a signalé sans malentendu possible que la mémoire n’est pas tant l’instrument de l’exploration du passé que son théâtre…

Matière à réflexion

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Ce matin, un passage qui invite à réfléchir, cité par Deleuze dans Critique et clinique :

« Je désire non pas parler de moi, mais épier le siècle, le bruit et la germination du temps. Ma mémoire est hostile à tout ce qui est personnel. Si cela dépendait de moi, je ne ferai que grimace au souvenir du passé. Je n’ai jamais pu comprendre les Tolstoï et les Aksakov*, les petits-fils Bagrov, amoureux des archives familiales avec leurs épopées de souvenirs domestiques. Je le répète, ma mémoire est non pas d’amour, mais d’hostilité, et elle travaille non à reproduire mais à écarter le passé. Pour un intellectuel de médiocre origine, la mémoire est inutile, il lui suffit des livres qu’il a lus, et sa biographie est faite. Là où chez les générations heureuses, l’épopée parle en hexamètres et en chronique, chez moi se tient une ligne de béance, et entre moi et le siècle gît un abyme, un fossé, rempli du temps qui bruit, l’endroit réservé à la famille et aux archives domestiques**. Que vo…

Dans les coulisses...

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Quelques heures avant le salon du livre, je me suis introduite (bon d'accord, on m'a laissée rentrer... ce qui risque d'ailleurs de ne pas se reproduire si je continue) dans le saint des saints, la maison d'édition de mes rêves, le lieu mystérieux d'où partent tous ces objets magiques. OK, j'arrête l'emphase et je vous raconte...
Vous imaginez qu'à quelques heures du salon l'ambiance est assez électrique ? C'est plutôt comme un tremblement de terre, on sent à mille petits signes que ça va bientôt gronder...

Je suis passée d'abord dans le pôle fabrication pour m'excuser d'avoir été si enquiquinante pour la maquette, Fa. et Ad. ont poliment dit que "non, ça va...", j'ai quand même senti que bon, fallait pas que je la ramène trop la prochaine fois ! J'avais ramené des gâteaux pour me faire pardonner... Ils semblaient normaux de ce côté-là... ils avaient toute leur tête en tout cas puisque, quand j'ai essayé de sout…

Instantané rapide.

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Ce matin, un très beau texte de Cendrars sur la guerre de 14-18. Voici un morceau de poésie comme j'aimerais savoir en produire :

« Soudain un avion s’envole dans une grande pétarade. Les nuages l’avalent. La lune roule par derrière. Et les peupliers de la route nationale tournent comme les rayons d’une roue vertigineuse. Les collines dégringolent. La nuit cède sous cette poussée. Le rideau se déchire. Tout pète, craque, tonne, tout à la fois. Embrasement général. Mille éclatements. Des feux, des brasiers, des explosions. C’est l’avalanche des canons. Le roulement. Les barrages. Le pilon. Sur la lueur des départ se profilent éperdus des hommes obliques, l’index d’un écriteau, un cheval fou. Battement d’une paupière. Clin d’œil au magnésium.
Instantané rapide. Tout disparaît. On a vu la mer phosphorescente des tranchées, et des trous noirs. Nous nous entassons dans les parallèles de départ, fous, creux, hagards, mouillés, éreintés et vannés. Longues heures d’attente. On grelotte so…

Instruire différemment

Toujours un peu méfiante vis à vis des théories toutes faites sur l'école, j'aime bien cependant cette réflexion découverte grâce à Sylvia ! C'est une belle animation et des idées vraiment riches :


La couverture de 14-14 !!

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Relié: 320 pagesEditeur : Castelmore (16 avril 2014)ISBN-13: 978-2362311198

Dans 14-14, Hadrien observe les cartes d'Europe et du monde dans sa classe, avec les colonies et l'Alsace-Lorraine du côté de l'Allemagne. Elevé dans l'idée d'une injustice, il s'imagine que ces contrées ont été "volées"... il serait bien étonné de voir cette carte !



850 ans de changements de frontières ! De quoi relativiser un chouïa la notion de nation !

Trop de tout

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Voici une semaine que je délaisse mon journal... trop fatiguée et trop occupée.

Escapade familiale, j'ai beaucoup discuté, beaucoup lu et j'ai mangé aussi beaucoup, alors forcément ça fatigue...

Et puis j'ai reçu mes copines Cindy van Wilder et Lise Syven alors forcément, on était sacrément occupées à bavarder...

Et en plus des révisions, je bosse sur un support pédagogique qui accompagnera 14-14 alors forcément, ça fait du boulot...

D'autant que jeudi, je pars à Paris au Salon du livre, pour y retrouver mes chères éditrices et mes autres copines de plume, Agnès Marot, Nadia Coste et Maëlig Duval. Tout ça réuni me fait un peu oublier que les résultats tant attendus arriveront lundi prochain.


Une cage remplie de fauves

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Un texte essentiel pour moi, mais totalement improbable dans le répertoire d'une lycéenne française, ça a été Père de Strindberg, un auteur suédois. Un ami de mon père m'avait demandé de jouer la jeune fille de la pièce dans la mise en scène qu'il en faisait pour sa compagnie de théâtre. J'ai bossé dessus pendant toute mon année de terminale et j'ai adoré. Le metteur en scène avait convoqué Francis Bacon, Escher et les Pink Floyd pour un décor et une ambiance sonore détonante et je me rappelle avec bonheur de nos 7 représentations.

De là, je me suis passionnée pour Ibsen dont j'ai vu la Maison de Poupée avec Dominique Blanc en 1997. Un moment de théâtre incroyable.

En tout cas, je vous conseille de lire cette pièce angoissante dont voici le syno :

"Le Père (en suédois Fadren) est une pièce de théâtre d'August Strindberg écrite en Suède en 1887 et créée en 1890. C'est le récit d’une lutte entre homme et femme, époux et épouse, père et mère. L’affront…

Ma pensée soutenue par la vie et la mort

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Printemps des poètes 1 : Paul Eluard


On y revient :


Leurs yeux toujours purs


Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d'aiguilles perdues,
Jours de paupières closes à l'horizon des mers,
D'heures toutes semblables, jours de captivité,
Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l'amour,
L'aurore qu'il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.

Pourtant j'ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d'argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l'eau, je les ai vus.
Leurs ailes sont les miennes, rien n'existe
Que leur vol qui secoue ma misère,
Leur vol d'étoile et de lumière
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,
Ma pensée soutenue par la vie et la mort.

30. A petits tonneaux, petits tonneaux.

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Printemps des poètes 2 : 
Benjamin Péret / Paul Eluard



152 proverbes mis au goût du jour en collaboration avec Benjamin Péret , 1925

1.      Avant le déluge, désarmez les cerveaux.
2.      Une maîtresse en mérite une autre.
3.      Ne brûlez pas les parfums dans les fleurs.
4.      Les éléphants sont contagieux.
5.      Il faut rendre à la paille ce qui appartient à la poutre.
6.      La diction est une seconde punition.
7.      Comme une huître qui a trouvé une perle.
8.      Qui couche avec le pape doit avoir de longs pieds.
9.      Le trottoir mélange les sexes.
10.  A fourneau vert, chameau bleu.
11.  Sommeil qui chante fait trembler les ombres.
12.  Ne mets pas la manucure dans la cave.
13.  Quand un œuf casse des œufs, c’est qu’il n’aime pas les omelettes.
14.  L’agent fraîchement assommé se masturbe de même.
15.  La danse règne sur le bois blanc.
16.  Les grands oiseaux font les petites persiennes.
17.  Un crabe, sous n’importe quel autre nom, n’oublierait pas la mer.
18.  Nul ne…

Un pirate tendre et fou

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Printemps des poètes 1 : Robert Desnos


J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-ê…

Le coeur de Bloody Jack

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Ce matin, je suis en vadrouille. La Rochelle, Angoulême, le Lot, Toulouse, on est parti en balade. J'ai ma tonne de bouquins et mon mac, tout va bien. Je peux lire "sereinement" les exploits de Guillaume Fierebrace dans mon épopée médiévale... Le Couronnement de Louis. Je vous propose de fait un petit intermède musical, une de mes chansons préférées du grand Serge avec un clip pur jus :


Dans ma sotte candeur

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Pour exprimer ce que ressent l'auteur qui soumet à la lecture d'un de ses bêta-lecteurs, d'un de ses proches ou de son éditeur,  je laisse parler une fois de plus Nabokov, dans Autres rivages :


"Dans ma sotte candeur, je croyais avoir écrit quelque chose de beau et d'étonnant. En la rapportant à la maison, pas encore écrite, mais si achevée que même les signes de ponctuation en étaient imprimés sur mon cerveau comme un faux pli de l'oreiller sur la chair d'un dormeur, je ne doutais pas que ma mère n'accueillît mon oeuvre avec des larmes heureuses de fierté. L'idée qu'elle pourrait peut-être, ce soir-là précisément, être beaucoup trop absorbée par d'autres événements pour écouter mes vers, ne m'effleura même pas. Jamais encore je n'avais désiré plus ardemment sa louange. Jamais je n'avais été plus vulnérable.
 J'avais les nerfs à vif à cause de l'obscurité de la terre, qui s'était emmitouflée à mon insu, et de la nudit…

Mon merveilleux demain prêt à m'être livré

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Nous sommes mercredi... mais il n'y a pas d'enfaons cabriolant et hululant dans la maison !


Je vais donc en profiter pour vous proposer un petit moment de bonheur extatique en lisant une page de Nabokov qui m'a singulièrement ravie, un passage qui parle d'écriture, de paysages, de souvenirs et de demain.

Mais tout d'abord, je vous invite à voter pour une des moelleuses de votre choix au prix Merlin :  Le prix Merlin récompense depuis 2002 un roman et une nouvelle de fantasy ou de fantastique parus l'année précédente.  Voici les 4 Moelleuses susceptibles d'attirer votre attention : http://www.presences-d-esprits.com/prix-merlin/listes.php#s . Je vous remercie d'avance ! 
Allez, prêt pour une pépite de littérature pure ? 
"Sur un chemin à travers champs, à son point de rencontre avec la grande-route déserte, je descendas et appuyais ma bicyclette contre un poteau télégraphique. Un coucher de soleil, presque accablant de splendeur, s'attardait dans…