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Affichage des articles du octobre, 2013

L'air du temps

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Ce matin, je repense à ce que disait ma mère sur Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain : elle en parlait comme d'un film "dans l'air du temps". Et je me rappelle avoir compris enfin ce que signifiait réellement cette expression que j'avais découvert en collectionnant, petite fille, les flacons de parfum. Vous vous rappelez de ce flacon aux oiseaux enlacés ?

Bref, hier, je suis allée voir le nouveau Jean-Pierre Jeunet et j'ai été, une fois de plus, charmée. Je trouve admirable que rien ne soit en trop dans ce film, j'ai eu le sentiment qu'il n'était redondant en rien, que chaque mot ou image était essentiel. Un film très délicat sur la mort et la famille.


Et... il y a dedans quelque chose qui est vraiment dans l'air du temps, un élément de l'intrigue qui nous a touché, mon mari et moi : la machine perpétuelle avec les aimants. Nous en parlions il y a un mois à peine : un ami avait branché mon mari sur ce principe incroyable et si simple, …

Epilogue d'Aragon

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Ce matin, je corrige les Fortune cookies,  et, en prologue, j'ai placé les deux dernières strophes d'un poème d'Aragon que j'aime vraiment beaucoup (pas Aragon, le poème !) :


Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa place et même qu'une voix se taise
Sachez-le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui même Le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse


Aragon, Épilogue, 1960




 La version de Jean Ferrat ne me plaît pas du tout mais bon, si vous êtes curieux, elle est sur deezer.

Tropismes

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tropisme /tʁɔ.pism/ masculin 1/ (Biologie) Réaction de positionnement causée par des agents physico-chimiques et observée chez certains végétaux (orientation) et insectes (locomotion). 2/ (Figuré) (Littéraire) Inclination irrésistible qui oblige un individu à réagir d’une manière déterminée. — (André Gide) 3/ (Figuré) (Littéraire) Réaction psychologique basique inexplicable. — (Nathalie Sarraute)

Lectures prérequises : Le rouge et le noir de Stendhal / Un roi sans divertissement de Giono / Tropismes de Sarraute (si vous ne les avez pas lus, ce n'est pas grave, vous pouvez lire ce qui suit, ça vous permettra de mieux faire semblant de les avoir lus, au cas où. On ne sait jamais !)
Donc,  ce matin, je trouve une suite logique entre Stendhal, Giono et Sarraute.
Stendhal a montré l'âme humaine dans toute sa vérité sale selon le mot de Mérimée :
"Un de vos crimes c'est d'avoir exposé à nu et au grand jour certaines plaies du cœur humain trop salopes pour être vues... Il y a da…

La chanson du dimanche

Lector in fabula

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Un texte très court aujourd'hui mais qui synthétise beaucoup d'éléments de ma propre pratique : comme vous le constatez, il me rend heureuse comme le mouton qui arrive au bout de la route.

Alors je vous le livre ainsi et, si vous le souhaitez, nous pourrons en discuter en commentaire ou en particulier lors de nos rencontres.
C'est donc l'ouverture de Lector in Fabula d'Umberto Eco :
"Quand, entre 1958 et 1962, j'écrivais Opera aperta (traduit en 1965 en français sous le titre l'Œuvre ouverte), je voulais comprendre comment une œuvre d'art pouvait d'un côté postuler une libre intervention interprétative de la part de ses destinataires et de l'autre présenter des caractéristiques structurales descriptibles qui stimulaient et réglaient l'ordre de ses interprétations possibles. Comme je l'ai appris plus tard, je faisais de la pragmatique du texte sans le savoir, du moins ce que l'on appelle aujourd'hui la pragmatique du texte o…

Dialogue à travers les siècles

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L'autre jour, je parlais d'intertextualité, en voici un exemple concret : ces deux textes semblent se répondre.

Hugo d'abord. Les deux premières strophes sont les plus intéressantes, quoiqu'empreintes d'une forte symbolique religieuse qui parle peu aujourd'hui. La suite me semble vraiment trop mégalomane, je vous l'épargne.


« Fonction du poète »

Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s’en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l’homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs,
C’est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
Dans sa main, où tout peut tenir,
Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
Comme une torche qu’il secoue,

A la source des nuages

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En exclusivité, la couverture du tome 3 !



Réalisée par Silvimoro comme les deux précédentes



Pour retrouver l'illustratrice sur le net : http://silvimoro.ultra-book.com/



La remotivation du signifiant

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Lecture passionnante de Michèle Aquien sur la poésie contemporaine, je partage et j'illustre le propos avec un poème de Ghérasim Luca :
"Dans le discours courant, le signifiant n'est que le support du signifié et c'est sur le signifié que se règlent la logique du sens et l'avancée des idées, alors que, dans la poésie moderne, il joue à plein dans la dynamique densemble, aussi bien par ses capacités associatives que par le jeu des ambiguïtés, par son aspect visuel que par son aspect acoustique, enfin et surtout par la structuration signifiante qu'est le poème en son entier.
[...] La remotivation du signifiant rend attentif à sa lettre, et non, à l'instar du discours ordinaire, d'abord à ce quil renvoie de signification  ; il est à prendre en lui-même et dans tous ses éléments, et c'est dans cette lecture (ou écoute) complète que peut s'entendre ce qu'il dit. Elle nécessite donc que le lecteur (ou auditeur) s'y arrête, la compréhension …

Ecrire avec Paul, 2 : au coeur du projet

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Voici 3 semaines, je vous donnais quelques détails sur l'avant :
http://augredemeshumeurs.blogspot.fr/2013/09/ecrire-avec-paul-1-details-sur-lavant.html Maintenant, attaquons le coeur du projet...

Les premiers temps, nous avons beaucoup communiqué... les débuts n'ont pas toujours été simples : "So, je ne comprends pas ce que tu dis..."
"Paul, je t'assure qu'on peut invoquer la loi de Matheson pour achever notre histoire... non, ce n'est pas trop étrange ! Non, ce n'est pas fou ! "

"So, il faudrait que tu rajoutes de la magie, là.
— Mais il y en a : regarde, les patates sont scintillantes !" ...

Nous avions l'idée, il nous fallait la développer en un scénario digne de ce nom et sur lequel nous serions d'accord. Dans les faits, chacun proposait des idées que nous suivions, développions, abandonnions, retrouvions ou délaissions définitivement. Petit à petit, nous avons dessiné les grandes lignes, trouvé la fin, le ventre de la …

La chanson de dimanche

Une des plus belles chansons de Thomas Fersen, en live s'il vous plaît.
J'aime la discographie complète. J'aimerais écrire des histoires sur un certain nombre de ces textes savoureux.

En particulier sur L'enfant-sorcière :


Radiations

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Ce matin, une image, que Silvie Philippart de Foy m'a fait connaître et qui me touche :



Le nucléaire m'a toujours fait peur, surtout à cause des sociétés qui s'occupent des centrales n'importe comment, qui ne mettent pas les moyens pour éviter les dangers et qui, de fait, menacent toute la planète. Je pense que la mondialisation et la recherche du profit permanent empêchent une utilisation raisonnée et secure du nucléaire. J'avais choisi cette image pour mon tome 2 de Moana, Le bateau vagabond, dans lequel le Gouvernement utilise le nucléaire de manière dangereuse, sans se méfier des retombées à long terme. Hélas, alors que j'achevais la rédaction du roman, il y a eu Fukushima, triste écho bien réel de mes inquiétudes. Aujourd'hui, alors que le tome 3 va paraître, nous sommes à l'orée d'un grand danger puisque les opérations de maintenance sur le réacteur 4 auront lieu dans quelques semaines. Je suis très inquiète pour les Japonais, les Coréens, le…

Tuons le clair de lune

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Ce matin, petite lecture du Manifeste du futurisme de Marinetti. Ecrit et distribué en 1909 dans les rues de Milan, il a été publié dans le Figaro le mois suivant. Avec des relents de fascisme, une misogynie affichée mais plus complexe qu'il n'y parait et des suites peu glorieuses (Marinetti soutiendra activement Mussolini), le Manifeste parait aujourd'hui entâché de boue. Il est cependant le premier des grands textes agitateurs du XXème. J'en admire la poésie dont chaque image semble avoir été mûrement réfléchie pour s'inscrire dans la révolte. La façon dont Marinetti rejette, renie la force de "l'admirable passé" pour produire un art nouveau, "un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l'homme." est incroyable et pose question à une heure où nous sommes tournés vers notre passé pour éviter de regarder le mur vers lequel nous filons. Ils ont tout bouleversé, tous les arts et même la cuisine (!).…

Palimpsestes

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Révisant hier l'illustre ouvrage de Genette, j'ai retrouvé avec plaisir ces concepts que j'avais étudiés en fac et que je pensais avoir oubliés. Non en fait, ils ne sont pas oubliés mais ingérés, digérés et réemployés. Je vais vous le montrer tout à l'heure. ;-)
Evoquons deux secondes ma douche aussi sous laquelle les idées, loin d'être rafraîchies, se déchaînent : deux nouveaux bourgeons d'histoire sont apparus hier qui vont soutenir ma réflexion du jour. Tout d'abord une envie de récit de voyage mêlé à un policier avec une pointe de fantastique : il s'agirait de suivre un jeune homme envoyé à Rome pour une quête, son professeur de fac l'envoie trouver un passage manquant du manuscrit de Stendhal ayant servi à ses Promenades dans Rome.  Dans sa recherche, il va se perdre et se retrouver, enfin, comme tout héros, hein ! La seconde idée n'est pas bien originale, j'imagine que cela a déjà été fait : il s'agirait de faire le roman de Mme d…

Le couronnement de Louis

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Cette antique chanson de geste, Le Couronnement de Louis, date du XII ème siècle et jamais, sans doute, je n'aurais eu l'idée de la lire si elle n'avait été au programme de l'agreg. D'autant que le livre coûte fort cher et que l'on ne le trouve pas en tête de gondole, ni même à la bibliothèque. Ni même à la bibliothèque universitaire de province. Bref, le genre de livre qui te fait bailler rien que d'y penser...

Et pourtant... Ô merveille, je me suis régalée !! Quel plaisir, quelles franches rigolades aussi ! Imaginer le trouvère en train de raconter tout cela est savoureux. Des extraits ?

"Nous aurons bientôt la bataille.
Vite à terre, les sages et les fous !"

"Galaffre fit appeler le roi Corsolt, un gros géant, hideux comme un diable, aux yeux flamboyants comme des charbons ardents, avec une large tête et des cheveux hérissés. La distance entre ses deux yeux était d’un demi-pied, et la mesure de ses épaules à sa ceinture était d’une grande …

La valeur des choses

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Hier, lors d'un vide-grenier avec mon amie Croch'ti, j'ai trouvé nombre de "merveilles merveilleuses" comme elle le dit... des bottes Dora, un livre sur les pirates, l'intégrale de Heroes en DVD, un puzzle des pays, un pantalon de jogging moelleux et "rose mais pas trop", un porte-bouteille et des araignées en plastique fluo. Grand bien me fasse, me direz-vous, toutes ces merdouilles n'ont rien d'incroyable !(quoique, quand même l'intégrale de Heroes !)

Mais les choses se font doucement... La magie a opéré ce matin. Dans le tas de mes trouvailles, j'avais aussi trouvé un petit CD à 20 cts, qui traînait sur le siège passager.
Les grands morceaux de musique classique au cinéma.
Ma fille ainée aime la musique classique, le cinéma et la danse. La seconde y semble sensible aussi quoique ses chansons ressemblent plus à des vagissements de veau ayant la colique qu'autre chose, pour l'instant. Elle tient de moi, quoi.

En ce lundi, l…

La chanson-on du week-end

Tous les clips Camille

En Grèce

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Sobrement, je me contente ce matin d'un lien : il s'agit d'un site sur lequel Sandrine Scardigli, auteur et libraire, nous parle de la Grèce où elle se trouve pour quelques jours. Elle la connaît fort bien, c'est son pays et je trouve intéressant de savoir ce qui se passe aujourd'hui, sans le filtre médiatique.
Bon voyage avec Sandrine :
http://sandrine-scardigli.over-blog.fr/


Le funambule

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Lorsque je pense à la Syrie, je pense à Rafik Schami. Cet auteur incroyable est peu connu en France, et il est publié en jeunesse, ce qui n'aide pas à le faire re-connaître !
Pourtant, penchez-vous sur Le Funambule, vous n'en reviendrez pas...




Un appel des intellectuels syriens "pour arrêter le carnage" (Juillet 2013)
Le funambule est un roman fabuleux, majestueux, fantastique, bref, un énorme coup de coeur. Histoire étonnante et pleine de poésie d'un directeur de cirque vieillissant, ce roman du Syrien Rafik Schami, peu connu en France mais très apprécié en Allemagne, ne s'adresse pas vraiment aux adolescents mais bien plutôt aux adultes. Dense et d'un style noble, assez complexe, l'ouvrage risque de rebuter les plus jeunes alors que les jeunes adultes qui se laisseront porter découvriront l'univers magique du cirque dans le cadre d'une Syrie entre somptuosité orientale et déliquescence moderne. L'enquête de Valentin sur ses origines, la pou…

Dictionnaire fou du corps

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Je suis désolée de ce silence : je me remets à peine d'un séjour à Alençon pour la convention grenouillesque 2013. Un grand cru. Et je travaille sans compter sur un ouvrage superbe que je vous laisse découvrir en images : Le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie, chez Thierry Magnier.


Vif, inventif, complet et délirant, jugez par vous-même :





La chanson -on du dimanche

Lettre persane et assez coquine

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Un texte d'une sensualité étonnante pour l'époque ! 1721 tout de même !

LETTRE III.
ZACHI À USBEK. À Tauris.
Nous avons ordonné au chef des eunuques de nous mener à la campagne ; il te dira qu’aucun accident ne nous est arrivé. Quand il fallut traverser la rivière et quitter nos litières, nous nous mîmes, selon la coutume, dans des boîtes : deux esclaves nous portèrent sur leurs épaules, et nous échappâmes à tous les regards. Comment aurois-je pu vivre, cher Usbek, dans ton sérail d’Ispahan ; dans ces lieux qui, me rappelant sans cesse mes plaisirs passés, irritoient tous les jours mes désirs avec une nouvelle violence ? J’errois d’appartements en appartements, te cherchant toujours et ne te trouvant jamais, mais rencontrant partout un cruel souvenir de ma félicité passée. Tantôt je me voyois en ce lieu où, pour la première fois de ma vie, je te reçus dans mes bras ; tantôt dans celui où tu décidas cette fameuse querelle entre tes femmes. Chacune de nous se prétendoit supérieu…

Les titres

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Absorbée par ce jeu très amusant : http://www.omerpesquer.info/untitre/, j'ai créé quelques nouvelles oeuvres :


J'adore chercher des titres, cela est à la fois terriblement énervant, quand on n'arrive pas à mettre la main dessus, et jouissif quand on trouve exactement le titre qui nous semble parler de l'oeuvre, créer l'envie, exister pour lui-même aussi. Je pense souvent au lecteur qui n'ouvrira pas le livre : si le titre a quand même su lui parler, il aura au moins lu cela. Ce n'est pas anodin et je trouve incroyable qu'il soit légal pour un éditeur d'imposer un titre à son auteur : fort heureusement pour moi, cela n'est encore jamais arrivé. Car j'adore mes titres. Le seul titre qui ne me satisfasse pas est celui du roman que je n'arrive pas à publier... étonnant ? Non, je pense qu'il n'est pas complètement fini, il lui manque quelque chose, l'épiderme peut-être ? Comme ces bébés qui sont encore couverts de vernix quand i…

Première projection

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Musique d'ambiance :


 Ce soir, comme Chris Montagne, le héros de Moana et non le vrai Chris photographe, j'ai fait une projection de cinéma. En vrai, toute seule avec la machine (numérique, pas de bobines, je ne suis pas si douée) dans la cabine du projectionniste.
Et hasard ou destin, mon coeur balance, c'était l'histoire d'un photographe.
Une place sur terre, avec Benoît Poelvorde, touchant mais pas toujours juste. Sexy dans sa détresse et son alcoolisme, il n'a pas d'issue, il s'enfonce. Loin des conneries pince-sans-rire et surtout sans rire dont il est capable, Poelvoorde est magnifique. Dansant sur une chanson espagnole tout en tirant sur ses clopes qu'il fume avec élégance (mais quelle torture, autant de clopes dans un seul film !), il est un peu limite, comme le film : beaucoup de clichés mais de vraies belles images. La forêt, leur drôle de cour d'immeuble, l'image de la piscine inversée.
Mais tellement de clichés aussi : le voyeur…

Graine de sésame

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Alors que je prépare l'atelier Q pour la convention Cocyclics (eh oui, vous ne l'imaginiez pas mais, quand nous nous regroupons entre auteurs de la Frog generation, nous écrivons des cochoncetés ensemble ! Et cette année, pour une raison mystérieuse, on m'a demandé de diriger l'atelier !), je retrouve cette graine de sésame écrite pour Vanille givrée, en juin 2009.


Encore en retard, il faut choisir entre douche et café... Option café, oh, grr, l'odeur de ses aisselles est un peu trop salée. Toute nue, vite, l'eau froide, brr, puis chaude, brûlante. Savon à l'amande, vite, jet puissant dans le dos pour se réveiller et les jambes et le ventre et... mmmh, tant pis, elle sera en retard...